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Activités \ Danse

Membre Fantôme

En avril 2016, la SACD et le Festival d’Avignon proposent à Erwan Keravec et Mickaël Phelippeau de travailler ensemble sur un duo, dans le cadre des Sujets à Vifs. Les deux artistes, l’un sonneur de cornemuse, l’autre chorégraphe, ont ceci en commun qu’ils aiment travailler/interagir avec leurs identités, pour les transformer.
Avec ce projet, ils convoquent la notion d’héritage. Erwan Keravec grandit et se forme dans les bagads, ensembles musicaux de musique traditionnelle bretonne. Mickaël Phelippeau, lui, découvre la danse traditionnelle bretonne à plus de 30 ans. Ceci est leur point de départ.
Ce projet est une traversée depuis ce qui les construit au sens large pour mieux s’en abstraire jusqu’à une parole plus intime.

Erwan Keravec et Mickaël Phelippeau autour d’un breizh cola et d’un coca zéro.
Avignon – Juillet 2016

Erwan : Je ne voulais surtout pas que tu chantes.

Mickaël : Au tout début, on voulait faire un portrait de toi, en tous les cas c’était mon intention… et puis on est davantage allé vers un partage du plateau tous les deux.

Erwan : Je crois qu’on a essayé de se rencontrer avant d’essayer de créer.

Mickaël : Oui, c’est vrai. Je me souviens du premier jour de travail, je pensais que nous irions directement en studio, et tu m’as dit : « on va boire un café et fumer des cigarettes, il faut qu’on prenne le temps de discuter pour se rencontrer, c’est bien ça le principe de ton travail ? », puis on a pris beaucoup, beaucoup de cafés.

Erwan : On est parti de cette idée de membre fantôme. Le bouquin de Peter Szendy que tu m’as fait lire qui parle de l’apprentissage d’un instrument ce qui, pour moi, a fait sens. Je me questionne souvent sur ce qui me reste de la musique traditionnelle bretonne.

Mickaël : Plus largement, la question de l’héritage a été notre focus. Et d’ailleurs, on fait beaucoup de citations durant ces 30 minutes de performance. Il y a les Grandes références et puis nos références, plus intimes. On s’est vraiment demandé mutuellement de quoi on était nourri : ce qui nous constitue et ce qu’on a créé, et aussi ce qu’on partage comme héritage, tous les deux.

Erwan : Curieusement, c’est ma culture traditionnelle bretonne qui aura été un intérêt commun.

Mickaël : Pour ma part, je me suis intéressé à la danse traditionnelle il y a 8 ans.

Erwan : T’étais plein d’a priori.

Mickaël : Oui, mais c’est la rencontre avec un chorégraphe de danse traditionnelle bretonne qui m’y a amené, c’était mon point de départ, et non pas un désir d’aller vers ce type de répertoire. Toi, c’est un peu le chemin inverse, tu t’es formé et construit dans cette culture dont tu t’es extrait pour aller vers un répertoire contemporain.

Erwan : On s’amuse de la tradition. C’est sain non ? Pourquoi a-t-on décidé que tu te déguises en femme bretonne ?

Mickaël : Tu as la cornemuse, on avait envie que j’endosse un élément qui porte également un rapport à la tradition.

Erwan : Et tu as réussi à chanter finalement.

« (...) le bel engagement réciproque des deux ne se démentira pas. Qu’il en aille des sonorités follement libres du sonneur de cornemuse, et des motifs gestuels rebondissants, hybrides, inclassables et insolites que le danseur décline. Pour une bonne part, il développera cela dans une grande ronde. On y verra aussi les accents finalement complexes et gracieux, des danses bretonnes que le bougre maîtrise à merveille (...) »

Gérard Mayen, Danser canal historique